Leila Shahid, πεθαίνοντας από λύπη…
© STEPHAN AGOSTINI / AFP
Μαρινέλλα Κατσιλιέρη, Ελλάδα
Στο ακόλουθο άρθρο παρουσιάζεται η συγκλονιστική προσωπικότητα της Leila Shahid, μιας γυναίκας που υπήρξε πολύ περισσότερο από απλή πρέσβειρα ή εκπρόσωπος της Παλαιστίνης. Μέσα από τις λέξεις της και τις πράξεις της, η Shahid μετέφερε το βάρος, τον πόνο και την αγωνία ενός ολόκληρου λαού, κάνοντας τη φωνή της να ταυτίζεται με τη φωνή της Παλαιστίνης. Αυτό το κείμενο μας επιτρέπει να κατανοήσουμε όχι μόνο τη διαδρομή και τους αγώνες της, αλλά και την έντονη ανθρώπινη ευαισθησία που τη χαρακτήριζε.
Το άρθρο γράφτηκε από τον Vincent Lemire, καθηγητή ιστορίας στο Πανεπιστήμιο Paris-Est Marne-la-Vallée, και υπεύθυνο του www.openjerusalem.org.
Σε εμένα έφτασε από τον φίλο Pierre Gaudé,με τον οποίο τον Οκτώβριο 2025 γνωρίσαμε από πρώτο χέρι τη σκληρή πραγματικότητα που βιώνουν καθημερινά οι Παλαιστίνιοι στη Δυτική Όχθη υπό τον φόβο και την απειλή των εποίκων και του Ισραηλινού στρατού για την ζωή, τα σπίτια και τη γη τους.
Leila Shahid est morte de chagrin
Leila Shahid est morte de chagrin. De chagrin, de colère et d’impuissance. Dans un de ses derniers messages vocaux, elle me disait : « Vincent mon chéri, tu n’imagines pas dans quel état je suis. Je suis détruite, vidée, dévastée, et je pleure à chaque émotion, même en écoutant de la musique ».
Toutes celles et ceux qui l’ont connue ont déjà dit ou écrit combien elle savait nouer avec chacune et chacun des liens d’amitié et d’intimité incomparables. Ils ont dit aussi qu’elle était bien plus qu’une simple ambassadrice ou représentante de la Palestine ; elle incarnait la Palestine. Aux yeux du grand public, par sa voix, son visage et son phrasé, elle était la Palestine. Ce n’était pas qu’une formule : en se disant « détruite, vidée et dévastée », Leila Shahid parlait autant d’elle que de Gaza, de la Cisjordanie et du pays qu’elle portait dans sa biographie et dans ses combats. Elle parlait autant de ses propres souffrances que des plus de 1000 morts palestiniens en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, soit presqu’autant de morts que pendant les cinq ans de la première intifada, entre 1987 et 1992. En mettant fin à ses jours, de façon choisi et préméditée, elle n’a pas abdiqué. Elle a exprimé l’actuel désespoir de la Palestine ; elle a tenté de transmettre un fragile flambeau aux plus jeunes générations.
Bien malgré elle, Leila Shahid n’a pas eu d’enfant, mais elle laisse derrière elle des milliers d’orphelins, réduits à relire ses messages et à réécouter sa voix, pour y puiser la force de continuer.
La transmission intergénérationnelle était chez elle une obsession, car elle avait compris combien c’était un enjeu existentiel pour la Palestine, comme cela l’avait été pour les diasporas juives d’avant 1948. Sa dernière grande fierté fut la publication des mémoires de sa mère, Sirine Husseini Shahid, née à Jérusalem en 1920. Edward Said en avait rédigé la préface, dans laquelle il soulignait la soif d’éducation et de diplômes des jeunes réfugiées palestiniennes, gage d’une « autonomie » et d’une « permanence » qui leur avait été « refusée par la géographie et la géopolitique ». En février 2023, empêchée d’intervenir lors d’un colloque à cause d’une méchante entorse, Leila m’avait demandé de lire en public quelques pages des mémoires de sa mère. J’en reprends ici la lecture.
Dans ses mémoires, Sirine raconte un combat d’émancipation transmis de mères en filles, un combat national mais aussi personnel et éducatif. Sa propre mère, Nimati al-Alami – la grand-mère de Leila – « parlait couramment l’italien, l’anglais, le français et, bien sûr, l’arabe ». Née en 1895, elle était la fille de Faidi al-Alami, maire puis député de Jérusalem entre 1906 et 1918, représentatif de ces élites palestiniennes polyglottes, parfaitement connectées aux réseaux intellectuels et politiques de la région. Membre fondatrice du mouvement féministe nationaliste palestinien au début des années 1930, la grand-mère de Leila « participa aux nombreuses manifestations de femmes qui défilaient dans les rues de Jérusalem vers la résidence du haut-commissaire britannique pour protester contre l’immigration juive », rapporte Sirine dans ses mémoires, qui ont inspiré une scène du film Palestine 36, de la réalisatrice palestinienne Anne-Marie Jacir. La disparition de Leila Shahid nous rappelle cette histoire de la Palestine au féminin.
Leila avait reçu en héritage cette intime conviction, qui rejoint ici un constat historique incontestable : les femmes palestiniennes sont depuis plus d’un siècle aux avant-postes du combat pour l’émancipation. Les mères de famille de Jérusalem-est, qui élèvent leurs enfants dans des logements de plus en plus exigus ; les enseignantes de l’UNRWA, des écoles chrétiennes et des universités, qui permettent à la société palestinienne d’être la mieux éduquée et la plus diplômée du monde arabe ; les veuves et les mères endeuillées de Gaza ; les femmes et les enfants de Gaza, qui représentent plus de la moitié des morts constatés depuis le 7 octobre 2023 ; les femmes et les sœurs des prisonniers détenus souvent sans jugement dans les prisons israéliennes ; les «bonnes sœurs » qui portent si bien leur nom et qui soignent, qui accueillent et qui protègent, dans les couvents et les églises de Palestine ; les femmes qui ont fait le choix de combattre les armes à la main, comme Leila Khaled et d’autres ; celles qui combattent pour faire taire les armes en portant « l’appel des mères », co-signé en 2022 par les femmes palestiniennes de « Women of the Sun » et par les femmes israéliennes de « Women wage Peace » ; les femmes journalistes, comme Shireen Abu Akleh, assassinée d’une balle dans la tête par l’armée israélienne à Jénine, le 11 mai 2022. Toutes ces femmes, porteuses d’une indomptable force de vie, qui partageaient avec Leila Shahid cette vérité toute nue : sans elles, la Palestine aurait déjà sombré depuis bien longtemps.
Le grand-père de Leila, Jamal al-Husseini, fut un des leaders de la grande révolte palestinienne de 1936. À l’automne de cette année, après avoir échappé de justesse à une tentative d’arrestation par les Britanniques, sa famille dut fuir à Beyrouth, qui sera le lieu de naissance de Leila, en 1949. C’est en effet à Beyrouth que Sirine a rencontré son futur mari, Munib al-Shahid, qu’elle épouse en 1944. Médecin hospitalier, hématologue, originaire de Saint Jean d’Acre en Palestine, le père de Leila est l’arrière-petit-fils de Bahaï-U’llah, fondateur de la religion Bahaï, confession monothéiste d’origine persane longtemps persécutée par les mollahs chiites. C’est bien cette singulière ascendance qui a forgé le patronyme de Leila (« shahid » = « martyr » en arabe) et qui lui a transmis cette attention particulière envers les minorités opprimées. Après m’avoir entendu évoquer à la radio la commémoration du 7 octobre, elle m’avait écrit : « Tu as raison, et je n’y avais jamais pensé : “commémorer” c’est se souvenir ensemble, mettre nos souffrances en commun. Tout ce que nous sommes est en commun, c’est pourquoi le combat pour la Palestine est un combat pour l’humanité ». Le combat pour une culture partagée était un autre héritage reçu de ses ancêtres Bahaï. Lors de sa dernière émission télévisée, sur Mediapart en septembre dernier, alors que nous échangions avec le réalisateur israélien Nadav Lapid, elle lui avait dit être « complètement contre cette stupidité de boycotter votre film », car « boycotter tout le monde parce qu’il est israélien, c’est une forme de préjugé raciste ».
À mesure que le grand âge approchait et que ses forces l’abandonnaient, Leila Shahid s’interrogeait de plus en plus sur les lieux de son exil, une question qui se posent à tous les exilés, et qui s’intensifie avec l’âge. Où se poser, où se reposer, où reposer ? À Beyrouth où elle avait grandi ? Au Maroc, où elle avait vécu d’heureuses années avec son mari l’écrivain marocain Mohamed Berrada ? Dans sa maison du Gard, qu’elle m’avait décrite un jour comme sa « petite Palestine, avec ses oliviers centenaires » ? Dans ses mémoires, sa mère Sirine constatait que ses souvenirs les plus précieux n’étaient pas des visages, car « après tout, les gens meurent, emportant avec eux une partie de nous-même », mais plutôt des « lieux qui, eux, vivent à jamais ». Plusieurs fois Leila m’a décrit le grand chêne millénaire de la maison de son grand-père, dans le village de Beit Safafa au sud de Jérusalem : « Mon arrière-grand-père avait acheté le chêne, mais aussi l’ombre du chêne », disait-elle. Leila Shahid a choisi de reposer dans le Gard, « sa petite Palestine ». Puisse son ombre rafraichissante et consolante nous protéger longtemps, pour continuer d’espérer.
Vincent Lemire
Professeur d’histoire à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée,
directeur du projet www.openjerusalem.org
“The Revolt of the Olive Trees,” an example of collective action against the expropriation of identity and culture.
“The Olive Trees’ Garrison” is a photograph that became a finalist in an international contest of Smithsonian Magazine in 2024. The image depicts a man planting an olive tree in front of Terna’s electric plant as a protest against renewable-energy speculation.
© Paola Lai, 08.2024, Selargius, Italy
written by SOFIA DOLCI, Italy
For months, until the eviction carried out on 20 November 2024, a group of activists maintained a permanent protest site in the Cagliari metropolitan area, opposing the construction of the Tyrrhenian Link, the submarine electricity interconnection planned between Sardinia and Sicily.
The project consists of a dual high-voltage direct current (HVDC) submarine cable, promoted by Terna, the company that manages Italy’s national electricity transmission grid, with the declared aim of strengthening energy connections between the island and the mainland and facilitating the integration of renewable energy sources.
While Terna presents the Tyrrhenian Link as a key infrastructure for a “green” energy transition, protesters describe it as yet another speculative intervention imposed on Sardinian territory, bringing with it expropriations, land degradation, and the disruption of rural landscapes. According to the demonstrators, the project paves the way for the large-scale installation of energy plants across the island, driven by multinational corporations operating in both the fossil fuel and renewable energy sectors.
Sardinia’s strategic geographical position in the Mediterranean and its abundance of natural resources have historically made it a site of repeated conquest and exploitation. Development models, activists argue, are not shaped endogenously by local communities but are instead imposed from the outside through centralized decision-making processes. Resistance to the Tyrrhenian Link construction site is therefore framed as an attempt to halt what is perceived as the prelude to widespread territorial devastation, and as a defense of land threatened by numerous compulsory expropriations.
Activists also contest the stated purpose of the project, arguing that it does not genuinely pursue environmental sustainability but rather aims to resolve issues of energy production and transmission while overlooking some of the major sources of pollution affecting Sardinian soil, such as mass tourism, industrial activities, deforestation, and the long-standing presence of military bases on the island.
Moreover, they criticize the very nature of the energy sources involved. Wind turbines, they argue, rely on materials that are not recyclable, including resins and fiberglass or carbon fiber, extremely durable, non-biodegradable components that are difficult or impossible to dismantle sustainably. A truly sustainable alternative, they maintain, should involve not only clean energy production but also responsible use of resources throughout the entire lifecycle of infrastructure. Further concerns are raised about turbine foundations, which require massive reinforced concrete bases and large quantities of steel, posing serious challenges in terms of removal and soil restoration, often rendering full environmental recovery impractical.
The protest movement became known as “The Revolt of the Olive Trees”, following a symbolic action in which participants replanted olive trees that had previously been uprooted by Terna’s contractors and left bare-rooted on the ground. The initial sit-in was called by the landowner of a plot located in Selargius, a municipality just northeast of Cagliari, an area characterized by agricultural land and smallholdings increasingly affected by infrastructure projects linked to the Tyrrhenian Link, including the planned converter station.
The landowner had consistently refused to sell his family’s property. In an effort to protect the remaining trees and monitor activity on the site, activists established a permanent encampment. The protest camp became an important moment of popular organization, with people contributing water, plants, tools, and their time, maintaining a constant presence on the land.
This collective gesture is part of a broader tradition of nonviolent resistance against what participants define as energy speculation carried out at the expense of land, identity, and culture. The protest reaffirmed the value of the countryside as a living space, whose worth is not measured by productivity but by its intrinsic role as a natural and social environment. Opposing infrastructure projects based on this development model thus takes on a broader meaning: resisting external impositions becomes a way to defend cultural roots and collective identity, protecting places as symbols of community, memory, and history.
