LA MÉMOIRE POUR LA TERRE
Destructions, spoliations, anéantissements, génocides, les nations qui les pratiquent depuis des siècles sont celles qui prétendent gouverner le monde. Depuis des siècles, ces colonisations font face à la résistance des peuples qu’elles prétendent soumettre.
Alors que le saccage de la terre, son empoisonnement semblent être une des obsessions des puissances impérialistes, d’autres peuples luttent pour en être les gardiens.

Pousse de blé en terre polluée par le phospohore blanc au nord du Liban.
Une petite graine qui germe au milieu des pavés reconstitués avec les terres ravagées par les attaques israéliennes, témoigne de la force de la terre à renaître. À Beyrouth en févier 2026, une exposition présentait une cartographie des attaques israéliennes au phosphore blanc entre octobre 2023 et novembre 2024. Les données de ce site documentent le coût humain, écologique de la guerre, remettant en cause les récits médiatiques trompeurs. Comme cette petite pousse, elles racontent une histoire de résilience, de solidarité et d’une quête inébranlable de justice.
Dans ces colonisations, la question de la terre, de son occupation est centrale. Tant du côté des colonisateurs que des habitants des territoires envahis.
Pour s’accaparer la terre des autres, il faut en effacer leur mémoire, il faut les faire disparaître.
Pour défendre la terre, il faut en avoir la mémoire, la transmettre « comme on transmet la langue » Mahmoud Darwich (Et la terre se transmet comme la langue. Traduit pas Elias Sanbar Ed. Actes Sud)
De cette lutte pour la vie contre la mort, la mémoire reste un outil indispensable au témoignage de ce qu’a été, ce que pourrait être une terre habitée par des vivants enracinés.
Depuis bientôt un siècle, en Palestine, des clefs, des photos, des débris remplissent l’histoire des habitants expulsés, spoliés, arrachés à leur terre. Le nom de chaque village rasé porté dans les plis de la mémoire, déposés au fond d’une histoire que rien ne parvient à effacer totalement, ne réussit à faire disparaître.
Un siècle après, iels sont toujours là, sur le pas de leur chemin du retour, une clef cachée dans leur histoire.

Viva la Vida Frida Khalo 1954
« Ils on voulu nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines » dit-on au Mexique, soumis aux premières colonisations européennes.
Cette mémoire est au centre de la lutte des peuples de Palestine, du Liban et en général du Proche et Moyen Orient.
Les bombardements israéliens du 8 avril au Liban, plus de 100 frappes en 10 minutes, puis 200 frappes le 11 avril dont se vante l’état génocidaire rappellent que le respect des cessez le feu, des traités, a systématiquement été un mensonge pour des nations qui sont fondées sur la spoliation des terres et l’anéantissement de leurs populations.
Les USA, la France, l’Allemagne, l’Angleterre ont toutes été ou sont encore des puissances coloniales, ce ne sont pas les seules, mais leur soutien à Israël en est d’autant moins surprenant puisqu’il s’agit de justifier les crimes commis par les uns et les autres au cours des siècles au nom de la civilisation, du progrès, de la modernité, de la démocratie… Les prétextes pouvant varier selon les siècles ou les années.
L’affirmation de la supériorité, du mépris, le ravalement de l’autre à un être inférieur est récurent. C’est ce qui permet l’anéantissement, le génocide, l’apartheid d’êtres déshumanisés qui ne seront plus que des décombres, des charniers.
En Palestine comme au Liban, ce sont des vies brisées, des territoires dévastés auxquels sont confrontés les survivants. Et c’est là précisément que s’organisent les habitants pour faire face à la destruction, la disparition et l’oubli.
2026-04-08 Bombardement israélien au Liban
À Burin en Palestine occupée, dans le district de Naplouse, face aux attaques répétées des colons et de l’armée, une coopérative a été créée pour lutter contre la spoliation des terres. Elle vient, grâce à la campagne « SEMER LA SOLIDARITÉ », de planter plus de 2 000 oliviers, agrumes, figuiers et amandiers palestiniens pour remplacer ceux détruits par les colons au cours de l’année écoulée.

Coopérative Burin Culture des oliviers comme mémoire
« Les oliviers font partie de notre histoire ici, et les colons s’acharnent à les détruire. La terre et les oliviers sont indissociables de notre dignité. Les colons savent très bien ce que ces oliviers représentent pour les agriculteurs palestiniens, et c’est précisément pour cette raison qu’ils les abattent, les empoisonnent et les brûlent. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous allons baisser les bras. Non, s’ils abattent, brûlent ou empoisonnent un arbre, nous en planterons dix. Et c’est exactement ce que nous avons fait cette année dans le cadre de notre campagne. Nous avons planté plus de 2000 oliviers. » Ghassan Najjar, de la coopérative agricole et foncière de Burin.
Burin possède un riche patrimoine agricole, ancré dans des générations de respect de la terre. Ses oliveraies sont le reflet de la continuité, de la mémoire et de la force qui ont traversé les âges. Les paysages en terrasses et les méthodes de culture traditionnelles façonnent la vie quotidienne et l’identité locale. Le lien entre les hommes et la terre est resté une source de force et de résilience culturelle.

Burin Club Sports Jouer avec un parachute coopératif et se préparer ensemble contre les obus
Poursuivre la défense de la terre conduit aussi à prendre en compte les difficultés auxquelles doivent faire face les enfants. Au Burin Sports Club sont organisées des séances de sensibilisation aux dangers des éclats d’obus pour les enfants du village, compte tenu de la situation difficile et des dangers permanents, ainsi que des séances de soutien psychologique.
À Hermel, au nord du Liban, c’est une école, l’école Esprits Libres, dont les enseignantes inventent chaque jour des réponses aux questions terribles d’enfants dont les familles, les ami.e.s sont morts sous les missiles israéliens.
On y retrouve la même attention à l’autre, à celleux qui vont survivre et qui vont affronter les lendemains de la guerre. Cette guerre dont iels espèrent qu’elle finira enfin dans le respect de leur pays.
Ici aussi naissent des réponses qui se déploient telles des parachutes pour lutter contre l’angoisse de la guerre, repousser la peur et rendre vivant ce qui fait que collectivement il est encore possible de résister. Ces enseignantes montent une bibliothèque, lancent des appels à travers le monde pour la remplir. Proposent l’écriture de poèmes, de textes en attendant que cesse le bruit des drones qui obscurcissent le ciel et lâchent leurs missiles.

A Hermel aussi on joue avec le parachute coopératif pour repousser la peur
